Zurich : La crise qui ébranle le trône d’Infantino
8 août 2026Dans le marbre de Zurich, le trône chancelle. Le péché d’orgueil d’un homme a suffi à embraser la Maison du Football. Trahi par sa cour, contesté par ses royaumes, Gianni Infantino voit son quatrième mandat lui échapper. Ou peut-être pas. Car dans le désert des prétendants, le monarque affaibli demeure encore le seul roi.
À Zurich, dans le marbre froid de la Maison du Football, un règne vacille.
Il y a peu encore, Gianni Infantino apparaissait comme l’inamovible. Le colosse italo-suisse, élu sur les ruines de la FIFA en 2016, s’apprêtait à marcher vers un quatrième mandat comme on gravit une formalité.
Aujourd’hui, à huit mois du scrutin de mars 2027, le maître des destinées du ballon rond joue sa survie.
Le péché d’orgueil
Le drame a un nom : la cupidité déguisée en modernité.
Dans le secret des antichambres, le président a conçu le projet d’ouvrir la FIFA aux sirènes des investisseurs privés, via une obscure société commerciale. Une révolution de palais, décidée dans la solitude d’un homme persuadé d’incarner à lui seul « l’avenir du football ».
Mais les dieux punissent l’hybris.
La nouvelle a jailli et le palais s’est mis à trembler sur ses fondations.
En quelques jours, la cour s’est vidée. Carlos Cordeiro, son grand vizir, a remis sa démission. Kevin Lamour, le chancelier de l’institution, s’est déclaré « trompé ». Arsène Wenger, l’oracle d’Arsenal, jure n’avoir eu vent de la conjuration qu’en lisant les gazettes.
Mercredi, à Rabat, une réunion d’urgence fut convoquée. Geste vain. Le souverain, autrefois adulé, erre désormais comme un « persona non grata » dans sa propre maison.
« Les piliers se sont dérobés, analyse Cyril Mourin, ancien conseiller de l’Élysée. Ceux-là mêmes dont il avait besoin pour fédérer, agir, exister dans l’écosystème du football mondial. »
Le siège des confédérations
Le séisme a gagné les continents. L’UEFA, la CONCACAF et l’IAFC, furieuses d’avoir été tenues à l’écart, brandissent l’arme suprême : le boycott. Seules les confédérations d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Océanie, sensibles aux subsides, feignent encore la neutralité.
« Une inquiétude larvée ronge désormais la gouvernance, observe Jean-Baptiste Guégan, géopolitologue. Ce n’est pas la première forfaiture. Mais c’est celle de trop. »
Infantino est acculé. Isolée, son autorité n’est plus qu’un simulacre.
L’épée de Damoclès de 2027
Et pourtant. Le monarque n’est pas encore déchu.
Car la tragédie grecque veut qu’un dirigeant ne tombe que lorsqu’un autre prétendant se lève.
Or, à ce jour, le champ est désert. Aucune figure ne s’avance pour disputer la couronne.
Dès lors, deux issues s’offrent au président : la démission, qu’il récuse avec la superbe — « Il ne partira pas de lui-même », tranche Guégan — ou la réélection, par défaut, faute de combattant.
C’est le paradoxe Infantino : plus affaibli que jamais, et pourtant plus indispensable que jamais.
Le 2027 approche. Dans le silence de Zurich, on retient son souffle. La FIFA retiendra-t-elle son roi, ou enfin osera-t-elle le détrôner ?
Par Patrick Sota, notre correspondant à Bujumbura (Burundi)




